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Né le 21 juin 1912 à Pless (Haute-Silésie). Mort le 18 juin 1992 à Paris. XXème siècle. Depuis 1937 actif et depuis 1952 naturalisé en France. Allemand

Peintre, graveur, illustrateur, aquarelliste. Abstrait.

Il fit ses études à l'école des beaux-arts de Breslau, où il eut pour professeurs Otto Mueller, ancien membre de "Die Brücke", et Carlo Mense. De 1930 à 1933, il s'expatrie à Dresde, faisant de brefs séjours à Berlin et Paris. En 1933, il est interné dans le premier camp de concentration nazi. Amnistié, il se réfugie en Tchécoslovaquie en 1935, puis gagne la Hollande. En 1937, il arrive à Paris et commence à collaborer à différents journaux, afin d'assurer sa subsistance. A la déclaration de la guerre, il est arrêté à Paris avec tous les réfugiés étrangers. Puis il s'engage dans l'armée anglaise et est fait prisonnier mais, une nouvelle fois, il parvient à s'évader.

En 1945, il s'installe définitivement à Paris, et, en 1949, il fonde un atelier de gravure, l'Atelier de l'Ermitage, avec le graveur Albert Flocon, lui aussi réfugié d'origine allemande. Cette même année, il se lie d'amitié avec Jacques Villon. En 1959, il ouvre l'atelier de gravure du musée d'Art moderne de Rio. En 1966-1967, il est nommé professeur à l'académie d'été de Salzbourg. C'est alors qu'il revient à la peinture qu'il avait abandonnée dans les années quarante.

Dès 1930, il expose avec d'autres artistes, notamment à Dresde. Depuis, il a participé à de nombreuses autres manifestations collectives : 1946 Salon de mai à Paris ; 1951 musée d'Art moderne de Tokyo ; 1955 première Biennale de gravure de Ljubljana, où il reçoit le prix Jokopic ; 1957 Biennale de Tokyo, où il reçoit le prix Kamakura ; 1958 et 1991 Biennale de Venise, où il est invité pour représenter la gravure française ; 1984 VIIème Biennale Internationale de Norvège, où il reçoit la médaille d'or.

En 1949 a lieu sa première exposition personnelle à Paris, à la galerie la Hune, où il exposera ensuite régulièrement, jusqu'à sa mort. Cette manifestation lui valut un article enthousiaste de Christian Zervos, dans la revue Les Cahiers d'art. Depuis, il expose dans le monde entier ; 1951 musée Rath de Genève, Kunstmuseum de Lucerne et musée de Neuchâtel ; 1953 et 1959 musée d'Art moderne de Sao Paolo ; 1954 musée d'Art et d'Histoire de Genève ; 1957 Staaliches Museum de Berlin ; 1959 musée d'Art moderne de Rio de Janeiro ; 1961 musée d'Art de Cincinnati ; 1965 musée d'Art de Jérusalem ; 1973 Memorial Art Gallery de l'université de Rochester ; 1974 bibliothèques municipales de Strasbourg, Mulhouse, Colmar ; 1976 musée d'Art moderne de Tel-Aviv ; 1978 musée d'Art moderne de la Ville de paris ; 1980 première rétrospective de son oeuvre à Dresde (alors Allemagne de l'Est) ; 1983 exposition itinérante dans six musées de Finlande ; 1984 musée de Luxembourg ; 1987 Kunsthalle de Brême ; 1992 Chancellerie de Bonn ; 1994 couvent des Cordeliers et Goethe Institute à Paris.

Il reçoit la Croix du Mérite de la République Fédérale d'Allemagne en 1969, il est promu officier des Arts et des lettres de France en 1978, et est élu membre de l'académie royale de Belgique en 1990. En 1974, la télévision française réalise un film : Le graveur Friedlaender. Il a également participé à deux émissions radiophoniques : le Réel entre chien et loup, J. Friedlaender (1987) et Mémoires du siècle, Friedlaender (1991).

Dès 1928, il aborde la gravure avec des oeuvres figuratives, en noir et blanc, proche de l'expressionnisme. Au fil des années, mariant le trait de l'eau-forte et l'aquatinte, il évolue en apparence vers une abstraction colorée, créant un nouvel espace peuplé de signes nouveaux: : "Finement déliés, ponctués, les signes peu à peu se substituent aux choses, et cet alphabet reste le secret, le magique dialogue de l'artiste avec le cosmos" (Bernard Gheerbrant). Il fixe sur des fonds constellés de points, de taches ou de traces, des formes mystérieuses, dépouillées et complexes à la fois, qui évoquent la nature : Oiseaux blancs - Paysage le soir - Givre. Emergeant de ce lent et méticuleux processus de création, les paysages, qui semblent suspendus dans l'air, ont le pouvoir de recréer un instant de vie, une parcelle d'humanité. Ses gravures, aux multiples harmonies, comme une fugue musicale, prennent possession de l'espace, mêlant les formes et les voix, faisant jaillir un monde de transmutation.

Parallèlement à son oeuvre de graveur et de peintre, il illustre des textes poétiques : 1947 Un Royaume de Dieu de Jérôme et Jean Tharaud ; 1949 La Saison des amours de Paul Eluard, réunissant treize eaux-fortes ; 1963 Petit Bestiaire de Jean Cassou ; 1968 Stèles de Victor Segalen ; 1979 les Illuminations d'Arthur Rimbaud ; ainsi que Douze rêves cosmiques de Paul Eluard.

Un des maîtres contemporains incontestés de la gravure, Friedlaender poursuit dans chaque oeuvre une quête poétique, au coeur des êtres et des choses. D'un trait, d'une courbe, il laisse naître son émotion réinvente le pouvoir de suggestion. Dans le monde clos des graveurs, face au purisme du burin de Flocon, à l'encrage multiple caractéristique de la technique de Hayter, au parti pris de la morsure profonde monochrome des tirages uniques de Courtin, sa technique se distingue par le baroquisme de sa complexité que décrit Nesto Jacometti : "morsures, grattages, tamponnages, essuyages, résine, sucre, aquatinte, manière noire... Il retrouve, il réinvente les trésors mordorés des vieilles alchimies oubliées."

Laurence Lehoux, J. B.